Vertalingsproef van het artikel in Nederlands: http://www.nrc.nl/W2/Nieuws/2001/03/10/Vp/01a.html Checking from an English translation: http://racak.homestead.com/files/ranta.htm Le massacre de Reçak était bien un massacre Par Petra De Koning, rédactrice, NRC Handelsblad online, 10 mars 2001. La Finlandaise Helena Ranta a mené l'enquête sur le massacre de Reçak en Kosovë. Après avoir refusé pendant deux ans, elle accepte aujourd'hui d'en parler. Et y trouve un soulagement, "après toutes ces absurdités qu'on a dites là-dessus". HELSINKI, 10 MARS. C'est un fossé où chaque centimètre du sol a été passé à la pelle, à la cuiller, au détecteur de métaux. C'est le fossé où l'on avait trouvé les cadavres de 23 Albanais, à proximité du village de Reçak en Kosovë. Les experts judiciaires finlandais ont rampé dans la boue, se sont heurtés aux arbustes, ont trébuché sur les cailloux. C'était en novembre 1999, dix mois après le massacre de Reçak, où au total 45 Albanais ont été tués, dont deux femmes et un enfant. "si nous n'avions rien trouvé dans ce fossé, raconte l'enquêtrice finlandaise Helena Ranta, "alors tout aurait été une mise en scène de la part des Albanais". Mais il y avait des balles, des douilles et même une partie du corps de l'une des victimes. Qu'elle se soit trouvée là était important, et plus importante encore la manière dont elle s'y était retrouvée." Université de Helsinki : Helena Ranta se tient assise dans son bureau. Une petite femme énergique avec des reflets blonds dans les cheveux et des lunettes de lecture accrochées par une chaînette derrière sa nuque. Elle est à la fois dentiste, anthropologue et biologiste moléculaire. Helena Ranta a dirigé l'expertise judiciaire sur la mort des Albanais de Reçak, pour le compte de l'Union Européenne puis pour le Tribunal de la Haye pour la Yougoslavie. La fusillade n'était pas la première en Kosovë, mais reste certainement la plus connue. Alors, les dirigeants politiques de l'Occident ont perdu patience face à la violence des troupes serbes contre les Albanais. Les images télévisées de Reçak, les corps gravement mutilés dans le fossé et dans le village, avaient semé l'horreur en Occident, rendant une intervention militaire d'autant plus urgente. Deux mois plus tard, le 24 mars 1999, les premières bombes de l'OTAN tombaient sur la Yougoslavie. Alors, déjà, certains avaient des doutes à propos de Reçak. Des journaux français avaient écrit que le carnage était une mise en scène des Albanais pour provoquer l'intervention de l'OTAN. Les autorités serbes avaient déclaré qu'à Reçak, "plusieurs dizaines de" combattants de l'UÇK, armée de libération des Albanais étaient tombés au combat. D'autre Albanais auraient disposé les corps dans le fossé pour donner l'impression qu'ils avaient avaient été exécutés par les Serbes. L'équipe d'enquêteurs finlandais avait examiné les cadavres à l'hôpital de Prishtina, capitale de la Kosovë. Dans le village même, elle n'avait pas pu enquêter, à cause de la neige. Lors d'une conférence de presse, juste avant le début des attaques aériennes, Helena Ranta n'avait pas clairement présenté les preuves d'un massacre mais des hypothèses — que chacun a pu interpréter suivant ses lumières et sympathies personnelles. Puis, Helena Ranta avait gardé le silence, pendant deux ans. De son enquête, presque rien ne transpirait. Et les doutes sur Reçak se sont accrus. Surtout après les bombardements : l'opinion s'était mise à tourner. Les Albanais avaient chassé les Serbes du Kosovo. Ils n'étaient plus à plaindre, alors était-on sûr qu'ils avaient mérité l'intervention de l'OTAN ? La Berliner Zeitung, puis l'émission Argos de la VPRO (télévision néerlandaise) , ont "révélé" que, d'après le rapport d'autopsie des Finlandais les victimes de Reçak n'avaient pas été tirées à courte distance. Cela aurait impliqué que la version serbe était la bonne et que c'était au combat que les [45] Albanais étaient morts [2 blessés du côté serbe : t'as qu'à croire]. L'année précédente, à l'occasion une rétrospective sur la guerre en Kosovë, la BBC avait affirmé que l'UÇK, à Reçak, avait 'provoqué les Serbes'. Le mois dernier, la WDR allemande, sous le titre "Es begann mit einer Lüge [ihre eigene, ihre Halunken]" a diffusé un autre documentaire : "Mensonges sur Reçak". Vraiment, c'était dommage de ne pas pouvoir répondre à tout ce "non-sens" qu'on a écrit et proclamé, opine Helena Ranta. Elle craignait de compromettre d'éventuelles poursuites contre Milosevic du Tribunal Pénal international si elle dévoilait les résultats de son enquête. Reçak est une pièce importante de l'accusation contre l'ex-president yougoslave, et Helena Ranta paraîtra elle-même comme témoin dans un éventuel procès. Le mois précédent l'UE a quand même jugé qu'il fallait laisser filtrer quelque chose de l'expertise en cause. À son insu, les collègues de Helena Ranta avaient publié un article scientifique sur l'examen des cadavres. La Berliner Zeitung, ayant examiné ce texte avant sa publication, avait conclu qu'il n'y avait toujours pas là une preuve d'un massacre. L'UE a [donc] décidé que le résumé du rapport d'enquête serait disponible pour qui le demanderait. Mais celui-ci est couché en termes vagues et difficilement compréhensibles. Un diplomate russe auprès du Conseil de Sécurité de l'ONU en était furieux. On ne savait toujours pas qui avait été responsable de ces morts. Helena Ranta sourit : elle avait fait exprès de laisser le résumé dans le vague. Maintenent, elle est prête à expliquer ce que celui-ci voulait dire. Il fallait que personne ne puisse dire qu'elle n'avait rassemblé aucune preuve — mais pour ce qui est d'en tirer des conclusions, c'était le travail des juges au Tribunal. Son travail à elle, c'était d'éliminer les hypothèses. Or, du scénario serbe, il n'était plus rien resté. "Nous n'avons trouvé aucune raison de penser qu'il ne s'agissait pas de civils désarmés." Au matin du massacre, il y avait bien eu des combats dans le coin, et neuf combattants de l'UÇK avaient été tués, mais cesneuf-là ne faisaient pas partie des 45 cadavres retrouvés le jour suivant. "Dans leurs poches, nous n'avons trouvé aucune munition, seulement des billets de banque." Les morts portaient des vêtements civils, sept ou huit couches superposées — c'était l'hiver. L'autopsie a établi que c'était dans ces vêtements-là qu'ils ont été tués. Par ailleurs, il y a lieu d'exclure que les 23 hommes trouvés dans le fossé aient été tués ailleurs. On ne les y a pas déposés après coup, rien n'a été "mis en scène". Dix mois après le massacre, les enquêteurs finlandais ont trouvé des balles au fond du fossé. Elles se trouvaient sous la surface, aux endroits où on avait découvert les cadavres. Auprès d'une de ces balles, on a aussi trouvé une partie d'un corps. Les résultats de l'autopsie à l'hôpital de Prishtina correspondaient à ce qu'on a découvert dans le fossé : l'homme dont on y a retrouvé une partie du corps était couché sur le sol au moment où on tirait sur lui ; d'autres victimes d'après Helena Ranta, présentent un "modèle similaire". L'enquête sur place a permis de conclure que les Albanais du fossé n'ont pas pu être atteints à distance. Si cela avait été le cas, on n'aurait pas pu en retrouver dans le fossé même. En outre, on a trouvé des douilles dans les buissons voisins du fossé, qui permettent d'estimer à quelle portée on avait tiré. Ranta n'a que faire de préciser la distance exacte. "Qu'est-ce que ça peut faire que ça ait été à un mètre ou à deux ? [De toutes façons], ce n'était pas lors d'un combat". Les enquêteurs ont aussi établi que les balles trouvées dans les corps et dans le fossé venaient d'"un petit nombre d'armes". Combien précisément, Helena Ranta ne souhaite pas le dire De l'autopsie, décrite par l'article scientifique de ses collègues, il ressort que onze des cadavres portaient les traces d'un "tir en rafales". Immédiatement après le massacre, le Tribuanal avait installé un bureau de fortune en Macédoine, et interrogé les témoins. Avec l'autopsie des corps et la recherche dans le fossé, l'affaire de Reçak est "le sujet le mieux fouillé de l'histoire du Tribunal", opine Helena Ranta. "je pense que nous devrions être très près de la vérité." Voir aussi le rapport d'enquête de l'IWPR dans le Courrier des Balkans : http://listes.rezo.net/archives/courrier-balkans/2002-03/msg00007.html