12:35:37 on 2008-4-2   http://pasta.cantbedone.org
http://docs.google.com/Doc?id=dc2m8p62_34fhwqpgc2
http://www.pescanik.net/index.php?&p=288&an=Sr%C4%91a_Popovi%C4%87&ni=1513&nd=1
http://www.bosnia.org.uk/news/news_body.cfm?newsid=2380
Faux dilemmes à propos d’un « pseudo-état »
Srđa Popović, Peščanik-Radio B92, 10 mars 2008

Srđa Popović est l’avocat le plus connu pour la défense des Droits de l’homme en Serbie ; il représente aussi
en justice la famille de Zoran Đinđić, le Premier Ministre assassiné en mars 2003 par les complices de Milošević.
Il examine ici ce que cache la «dinguerie» apparente du refus d’affronter la réalité de la plupart des hommes
politiques de Belgrade, à l’exception de Čedomir Jovanović et de son Parti Libéral-Démocrate (LDS).



Belgrade — La coalition sans principes et contre nature (et de ce fait factice) entre la DS [de Boris Tadić] et la
DSS [de Vojislav Koštunica] est tombée à l’eau parce qu’il n’y avait aucun accord au gouvernement sur le processus
d’association avec l’UE (d’après Tadić) ou à propos du Kosovo (à en croire Koštunica).

Le problème s’est, bien sûr, posé dès la formation de ce gouvernement lorsqu’on a couvert ce grand écart par
des formulations vagues et ambiguës comme des «principes communs» et la formule vide de sens “L’Europe avec le
Kosovo”.

Les diplomates appellent cela « papering over differences ». Les alliés se sont soi-disant entendus, mais avec une
« réserve mentale » : c’est-à-dire qu’ils étaient disposés, à n’importe quel moment, à interpréter le
vague « accord » de cette coalition de la manière qui leur conviendrait. C’est donc dès le début, qu’il n’y
a aucun accord, car il n’y avait aucune coïncidence sincère des volontés. L’entente était un simulacre.

Techniquement, l’ambiguïté réside simplement dans le fait qu’on a proclamé comme également importants des principes
mutuellement contradictoires, en se gardant de toute déclaration d’un ordre de priorité entre les deux. En d’autres
termes, on n’a rien dit sur ce qui se passerait s’il devenait impossible, dans certaines circonstances, de se conformer
en même temps aux deux principes: c’est-à-dire lequel aurait la priorité.
En l’espèce, le rapprochement avec l’UE est-il plus important que « la lutte pour le Kosovo » ? Afin de pouvoir
former un gouvernement, aussi bien la DS que le DSS devaient dissimuler leurs véritables positions, mais cela ne pouvait
être que temporaire, jusqu’à ce que ces questions se posent comme condition pratique des décisions politiques.
L’accord était factice, tout comme l’était le gouvernement fondé sur lui. Les deux parties ont délibérément
trompé l’électorat. En Serbie, c’est ce qu’on appelle « de la politique » - l’art de mentir comme si de
rien n’était. C’est pourquoi le gouvernement devait évidemment tomber, dès que le premier choix de quelque importance
s’est présenté.

Et maintenant que le ballon s’est dégonflé, il pourrait sembler que, lors des prochaines élections, nous serions
en mesure de débattre et de décider, DELIVRES DES MENSONGES.

Ce n’est malheureusement pas le cas. Grâce à l’opportunisme, à la démagogie, au calcul et à la lâcheté politique,
le conflit continuera à se dérouler derrière le grand mensonge et la tromperie irresponsable des citoyens, de la
part de la DSS comme de la DS (et la plupart des autres partis aussi).

C’est mentir de prétendre qu’une quelconque «lutte pour le Kosovo» serait possible, ou que les mesures du “plan
d’action” pourraient produire une révolution copernicienne à la suite de quoi tous les Etats qui ont reconnu le
Kosovo en viendraient à « reconnaître leur erreur et leur faute envers nous” et revenir sur leur décision. Il
est tout aussi clair que le Kosovo peut être un Etat internationalement reconnu, malgré le veto de la Russie contre
son adhésion à l’ONU. Nous aussi avions un Etat, même quand il n’était pas membre des Nations unies. Personne
n’ose avouer l’essentiel, que sait n’importe quel homme de la rue : plus jamais le Kosovo ne fera partie de la
Serbie.

Le Kosovo est un Etat indépendant, et il n’existe aucune possibilité, même théorique, que l’on puisse rien changer
à ce fait-là. Exprimer sa désapprobation, sa protestation, son émotion, son son désaccord, refuser de reconnaître
cette situation - tout cela est prévisible, naturel, inévitable, légitime, et sans pour autant que l’existence
de l’État en soit mise en cause. Tout le monde sait que cet acte-là est en fait irréversible. Or, personne n’ose
publiquement reconnaître cette réalité et, étant donné que la politique est l’art du possible, il est évident
que « la lutte pour le Kosovo » n’est pas une politique, que les citoyens, le public et les électeurs n’y voient
qu’une “folie”, comme on en a déjà fait publiquement le diagnostic. La DSS, la SRS [de Tomislav Nikolić] et
la SPS [d’Ivica Dačić,l’ancien parti de Slobodan Milošević] le proclament de nouveau : on est « patriote »
quand on est fou.

Il y a pire, c’est que cette folie-là aussi est un simulacre. En effet, personne ne peut vraiment être dingue à
ce point-là. L’objectif principal de cette dinguerie simulée est d’éloigner la perspective de notre entrée l’UE.
Tel est l’objectif véritable de la DSS, de la SRS et de la SPS.

Dans les autres partis, et d’abord dans la DS, cette folie simulée est démagogique : on n’ose pas reconnaître
une vérité patente, car on craint que cette vérité-là soit tellement désagréable aux électeurs que ceux-ci se
retourneraient contre le porteur du message. Il semble bien que cette démagogie, paraît-il, sous-estime le public,
électeurs comme citoyens. La vérité, ils la connaissent déjà, de sorte que cette démagogie-là non plus ne sert
à rien. C’est la raison pour laquelle cette démagogie prend avant tout un caractère répressif : on avertit les
partis et citoyens pro-européens qu’on les taxera de trahison, s’ils proclament ouvertement la vérité.

Ces hommes politiques, ces partis et ces citoyens qui ont été les premiers à rassembler suffisamment de courage pour
dire ouvertement que ce roi-là est nu, que le Kosovo est indépendant, et que «la lutte pour le Kosovo” est de la
folie ou de la démagogie, la vérité est que nous devrions tous reconnaître non seulement leur loyauté et leur courage,
mais encore leur patriotisme authentique. En effet, une stratégie d’état fondée sur des mensonges aussi colossaux
ne peut conduire qu’à une nouvelle défaite, et une défaite lourde et durable.

Il n’y a pas d’espoir pour la Serbie tant qu’elle restera enfoncée dans la dénégation des hypothèques morale
et politique des années 1990, qu’à juste titre nous subissons aujourd’hui EN TANT QU’ ETAT. C’est alors- dans
les années 1980 et 1990 qu’il fallait lutter pour le Kosovo, et négocier avec les Albanais. Mais alors, personne
ne l’a fait.