http://docs.google.com/Doc?id=dc2m8p62_267gznsqjg5 Le déjà vu Alain Besançon, Membre de l’Institut C’est toujours la même chose. La Russie prépare longuement le terrain par une campagne de propagande. Elle se "démocratise", fait-elle savoir, progresse à pas de géant vers l’Etat de droit. Elle se "développe" à toute allure et se présente comme un terrain d’investissements pour les entreprises occidentales. Une occasion à saisir ! Les libéraux, les pro-occidentaux arrivent….les technocrates…les pragmatistes… les colombes... les occidentalistes… la nouvelle génération… les classes moyennes… La nouvelle Russie est déjà là. En politique extérieure, la stratégie est simple et constante. Elle est de séparer l’Europe de l’alliance avec les Etats-Unis. De séparer l’Allemagne de ses partenaires, en lui promettant certains avantages en échange d’une position plus « amicale ». De neutraliser la France en lui offrant les satisfactions de vanité dont elle est friande. De profiter de l’indifférence italienne, espagnole, des complaisances serbes, hongroises, bulgares. De pousser à la dissolution de ce qui reste de l’Union européenne en préférant systématiquement les accords bilatéraux avec ses membres. La tactique est de choisir le moment opportun, le mois d’août, par exemple, quand elle sent les Etats-Unis affaiblis, embarrassés ailleurs, les Européens particulièrement divisés. C’est alors la frappe-surprise. Alors nous nous apercevons soudain que nous somme mat. La Russie se présente comme faible : il faut l’aider, se garder de l’humilier, consolider ses progrès. Elle se présente en même temps comme redoutable par son immensité, son armée, son arsenal atomique, son pétrole. Elle fait planer une vague menace. Elle fait peur. Elle pourrait être encore pire : apaisons la. Cela a commencé depuis Khrouchtchev. On peut dire depuis Staline, depuis son virage « antifasciste », depuis son virage patriotique, avant, et après la guerre. Voire depuis Lénine et Rapallo. Et cela continue : Brejnev et la "détente", Gorbatchev et la "perestroïka", Poutine et la "remise en ordre". Nous avons pourtant eu le rideau de fer, le blocus de Berlin, la crise cubaine des fusées, l’écrasement de la Hongrie, l’occupation de la Tchécoslovaquie, l’Afghanistan, l’attentat contre le pape, l’Etat de siège en Pologne, le demi- génocide tchétchène. Aujourd’hui l’invasion de la Géorgie. Cette répétition est lassante, mais moins encore que la répétition de nos réactions à nous, les Occidentaux. Le mensonge russe est si gros qu’il est toujours à moitié cru. Nos diplomates, à qui la diplomatie russe ment en pleine figure, en subissent la sidération. Ils n’osent pas dire : « Vous mentez. Vous êtes au fond un tigre de papier. Votre économie est misérable, votre démographie en ruine. Retirez vous tout de suite et rentrez chez vous ». A la place, nous élevons des protestations feutrées, nous appelons au dialogue, à la négociation. La Russie garde sa proie. Et puis c’est oublié jusqu’à la prochaine fois. « Nous n’allons pas revenir à la guerre froide », dit on, comme si elle avait jamais cessé. En effet, que veut la Russie de Poutine ? Pour commencer, reconstituer l’URSS. Elle est en contentieux de frontières avec l’Ukraine, l’Estonie, la Lettonie, la Moldavie, le Kazakhstan, la Géorgie. Elle a soin d’entretenir ces contentieux, de les faire suppurer et, quand l’occasion se présente, de l’enflammer, comme aujourd’hui. Or ce but est aussi inepte que l’obsession de Hitler pour des « terres à l’Est ». Au lieu de s’occuper de l’épouvantable niveau sanitaire, de l’école à la dérive, elle construit des sous-marins, des porte avions, développe des systèmes d’armes, pratique la menace et le chantage tous azimuts. Nous saluons : « la Russie a retrouvé sa fierté ». En fait, elle court à sa ruine. Elle ne peut concevoir la négociation qu’en terme de victoire. Qui aura qui ? (кто кого?) Qui dominera qui ? Ce sont de fausses victoires, des dominations picrocholines inutiles, autant d’obstacles au développement sain et normal de ce malheureux pays, depuis si longtemps malade physiquement et moralement, et que nos complaisances enfoncent dans sa maladie. La domination plutôt que la liberté, la domination plutôt que la prospérité : le peuple russe, hélas, en est intoxiqué. Qu’au moins nous ne soyons pas intoxiqués pareillement ! A force de répétition, de crise en crise, cet appétit pour l’agrandissement finit par nous paraître naturel. C’est comme un vieux travers de la Russie, presque un élément du folklore, comme le samovar. C’est leur habitude et nous nous y habituons. Notre jobardise, notre crédulité, notre naïveté sont, avec la domination, l’autre grande satisfaction de l’Etat russe.